Lorsque Albert Camus formule sa philosophie de l'absurde, à la fin des années 1930 et au début des années 1940, il reconnaît en Franz Kafka un précurseur majeur. Le romancier pragois, disparu en 1924, a exploré sans relâche les labyrinthes d'un monde dépourvu de sens — l'univers démesuré du **Procès**, l'absurdité radicale de la **Métamorphose**. Camus, en lisant ces récits, y discerne la formulation littéraire de ce qu'il nommera **l'absurde** : cette collision entre le besoin humain de clarté et l'obscurité radicale du monde. Le visionnaire tchèque incarne, pour le philosophe-écrivain algérien, la preuve vivante que l'absurde n'est pas une construction théorique abstraite, mais une réalité narrative, incarnée dans chaque détail de ces fictions oppressantes. Cette filiation est loin d'être dissimulée : Camus cite Kafka explicitement dans ses essais majeurs, notamment dans **Le Mythe de Sisyphe**, où il analyse le univers bureaucratique et vertigineux comme archétype du sentiment absurde. Ainsi, si Camus devient le philosophe qui nomme et systématise l'absurde, Kafka demeure le visionnaire qui l'a peint sans nomenclature — le maître silencieux dont Camus reconnaît la fécondité et l'antériorité philosophique.
Lien probable, faisceau d'indices.