Henri Matisse n'invente pas seul le Fauvisme, mais en crystallise l'essence dès 1905 au Salon d'Automne. Aux côtés d'André Derain, Maurice Vlaminck et autres peintres révoltés, il oppose aux subtilités impressionnistes une **couleur libérée** du devoir de ressemblance. La critique Louis Vauxcelles, abasourdie devant ces toiles explosives, parle d'une « cage aux fauves » — le nom reste. Matisse comprend que la **teinte pure** doit devenir sujet, non servant du sujet : un orangé flamboyant n'a pas à justifier sa présence en peignant une réalité observable. Le Fauvisme est cette audace, cette rupture. Dans les années qui suivent, Matisse systématise cette liberté : ses Intérieurs de 1906-1907, ses compositions aux aplats de couleur prouvent qu'on peut construire l'espace pictural par **l'harmonie chromatique** plutôt que par la perspective traditionnelle. Le mouvement demeure bref — cinq ans à peine —, mais la brèche est ouverte. Matisse en reste la figure tutélaire, celui dont les gestes définissent les limites et les possibles du Fauvisme avant que lui-même ne l'abandonne pour d'autres horizons.
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