Les idées du mathématicien **Henri Poincaré** ont traversé le Paris intellectuel du début du XXe siècle comme une onde de choc. Son essai fondateur « La Science et l'Hypothèse » (1902), qui interroge la **géométrie non-euclidienne** et la relativité de l'espace, circule parmi les artistes et philosophes parisiens avec une intensité remarquable. C'est précisément ce contexte qui nourrit l'émergence du **cubisme** entre 1907 et 1910. Les peintres de cette génération — Picasso, Braque, Léger — ne consultent pas directement Poincaré ; ils respirent l'atmosphère qu'il crée. La révolution poincaréienne introduit une vérité vertigineuse : l'espace n'est pas un donné figé, mais une **construction mentale relative à nos perspectives**. Le cubisme transpose cette intuition en langage pictural. La toile se disloque, se restructure, offre non plus une seule perspective mais une **pluralité de points de vue simultanés** — exactement comme la géométrie non-euclidienne pose la coexistence de systèmes spatiaux alternatifs. Cette filiation reste discrète, souvent non consciente. Elle tient à une convergence : le même bouleversement du **rapport au réel** traverse simultanément la science et l'art, libérant la peinture de l'illusion perspectiviste héritée de la Renaissance.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.