Le Corbusier et Alain Ducasse n'ont partagé aucune époque, pourtant une même philosophie les traverse : **l'épuration radicale du superflu**. Au début du XXe siècle, l'architecte suisse-français décrète que la **pureté fonctionnelle** triomphe ; la maison est une machine, l'ornement devient un crime. Ducasse, élevé dans la haute cuisine baroque française mais révolté par son fatras décoratif, applique ce même principe à l'assiette. Pas de sauce étouffant le légume, pas de dorure cosmétique : chaque élément énonce sa **fonction précise**. À Monaco, dans les cuisines du Louis XV, puis dans ses restaurants parisiens, Ducasse a construit une gastronomie de la **clarté structurelle**, où la beauté réside dans la transparence, non dans l'accumulation. L'assiette se lit comme une architecture moderniste — lignes épurées, hiérarchie visible, une austérité qui exige du mangeur une participation active. Le Corbusier avait aboli la paroi portière pour libérer l'espace ; Ducasse abolit la réduction baroque pour que le goût se déploie sans masque. Deux hommes, deux domaines, un seul dogme : la **pureté est une forme, et le superflu, un mensonge**.
Rapprochement interprétatif, non une filiation prouvée.