Antonin Artaud incarne bien plus qu'un simple dramaturge rallié au surréalisme : il en est l'un des penseurs les plus radicaux, jusqu'à transformer la scène en laboratoire pictural. Dès les années 1920, ses textes théoriques et sa participation active aux revues surréalistes le positionnent au cœur d'un réseau où cinéma, théâtre et arts visuels conversent sans frontière. Sa théorie du **Théâtre de la Cruauté**, développée dans *Le Théâtre et son Double* (1938), fascine les peintres surréalistes en ceci qu'elle postule l'anéantissement du texte face à l'image brute, aux gestes et aux symboles. Cette philosophie résonne avec l'imaginaire des toiles de ses contemporains : le chaos, l'élan viscéral, l'accès au rêve deviennent des **énergies visuelles** à peindre autant qu'à représenter. Ses collaborations avec des artistes plasticiens — notamment André Masson — témoignent de cette fertilisation croisée. Artaud ne cloisonne pas : il franchit, il contamine. Là où la peinture surréaliste libère l'inconscient sur le support, Artaud en fait un événement scénique, un corps criant. Cette porosité entre disciplines, ce refus du spectacle digestible, demeure l'héritage vivant du **surréalisme d'Artaud**, celui qui a transformé la cruauté en vérité esthétique commune au théâtre et à la peinture.
Lien probable, faisceau d'indices.