Publié en 1967, Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez n'invente pas le **réalisme magique**, mais l'élève à son point de non-retour. Le roman de Macondo devient la preuve que cette esthétique littéraire, où le surnaturel s'inscrit sans fanfare dans le quotidien, possède une puissance narrative comparable aux plus grandes épopées. Ce qui fait de Márquez le sommet du réalisme magique, c'est moins l'irruption du merveilleux que la manière dont celui-ci s'enracine dans une généalogie familiale et historique. Les Buendía traversent un siècle en se réincarnant sous les mêmes noms, les morts conversent avec les vivants, le temps s'épaissit et se plie — tout cela existe au même titre que la **condition coloniale** ou la sécheresse du plateau. Le réalisme magique n'y est jamais un ornement : il demeure la structure narrative de l'oubli et de la répétition humaine. Cette **synthèse entre la merveille et le réel** a redéfini ce que le courant pouvait accomplir. Après Cent ans de solitude, le réalisme magique ne cherche plus seulement à surprendre ; il interroge le temps, la mémoire, la politique. Márquez n'a pas fermé le genre — il l'a orienté vers sa pleine conscience.
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