La **Nouvelle Cuisine** des années 1970 — portée par des chefs comme Paul Bocuse et Michel Guérard — transpose à l'assiette une philosophie alors commune à toute la modernité occidentale : celle du **minimalisme constructif**. Le Corbusier, disparu en 1965, avait légué à l'architecture cette exigence de **beauté par l'épuration** ; la gastronomie, quelques années plus tard, emprunte le même chemin de réforme. Chez ces chefs rénovateurs, l'assiette se transforme : chaque élément, **dépouillé de tout ornement inutile**, révèle sa substance propre. C'est la même philosophie qui règne à la **Cité Radieuse** en urbanisme — une sincérité radicale du matériau. Le saumon grillé expose ses **fibres translucides**, les légumes brillent de leur couleur naturelle. Adieu au **beurre blanc généreux** et aux sauces masquant le produit — un refus de l'ornement qui est aussi un refus du mensonge culinaire. Cette convergence dépasse la simple coïncidence. L'une des convictions fortes de Corbusier était que la beauté architecturale naît de la sincérité du matériau — les chefs de la Nouvelle Cuisine appliquent le même principe culinaire. L'**essence révélée**, l'**harmonie par la substance brute** : c'est la morale commune qui unit l'architecte au gastronome dans une même quête moderniste.
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